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Céline Alvarez, ce que nous retenons de sa conférence

Cela fait des semaines que nous entendons parler d’un bouquin qui nous interpelle : « Les Lois naturelles de l’enfant ». Difficile de passer à côté de l’auteur, Céline Alvarez : ultra médiatisée voire un brin trop « marketée » à mon goût, il faut l’avouer… Mais ses interventions sont brillantes et son postulat de base est d’une telle évidence pour nous : l’apprentissage serait basé sur l’autonomie, la motivation et soumis à des lois biologiques humaines non négociables.

Pourtant, comme toute maman débordée, je ne prends pas le temps de lire le livre. Alors quand elle donne une conférence à Toulon, on fonce ! Pour la petite histoire, c’est même la première fois en 3 ans que nous faisons garder notre fils par un babysitter (oui, un barbu qu’on aime beaucoup) ! C’est dire si le sujet nous tient à coeur.

Dans la salle du Théâtre Le Liberté : une moitié de parents, une autre moitié d’enseignants et surtout, la sensation que des idées nouvelles sont en train d’émerger…

Le constat des 40%

Ce chiffre est le point de départ de la réflexion de Céline Alvarez : 40% des enfants sortent du CM2 en situation d’échec scolaire. Et cela ne surprend personne.

Si vous êtes une Hippie Family (et j’en suis persuadée), vous avez déjà entamé une réflexion sur l’école et sur l’éducation en général. Vous savez donc que notre système scolaire est en faillite. S’il fallait des chiffres pour le confirmer, la position déplorable de la France dans le fameux classement Pisa suffirait… mais par principe, on déteste les classements! 😉

Pourtant, c’est éloquent : l’apprentissage fout le camp !

Objectivement, l’école publique n’a pas évolué d’un iota depuis 150 ans alors même que notre société vit une profonde mutation. Et oui, il est loin le temps où il fallait form(at)er des générations de travailleurs pour faire tourner la grosse machine industrielle! Aujourd’hui, plus aucune voie n’offre de garantie d’emploi. Même bardé de diplômes, la certitude de trouver du travail est une utopie. Le système éducatif devrait donc s’attacher à former des individus plutôt que des travailleurs et à ne plus considérer le seul savoir comme clé de voûte de l’apprentissage.

Parce qu’au final, c’est quoi l’objectif de l’éducation ? C’est de préparer l’enfant à la vie, pardi ! C’est l’accompagner dans l’exploration de ses potentiels et l’aider à en faire quelque chose de bon pour lui et pour les autres.

Pour l’aider à découvrir ses forces et à développer de nouvelles aptitudes, Céline Alvarez pense qu’il faut écouter l’enfant et remettre les lois naturelles de l’apprentissage au coeur du système éducatif que nous connaissons.

Céline Alvarez : l’infiltrée

En adaptant le mode d’enseignement aux lois biologiques (« bio-logiques ») de l’enfant, Céline Alvarez est persuadée d’obtenir des résultats probants très rapidement. Elle passe même le concours de l’éducation nationale pour le prouver « dans la vraie vie ». Elle enfonce toutes les portes jusqu’à obtenir une carte blanche auprès du cabinet du Ministre : ce sera dans une classe de maternelle à Gennevilliers, zone d’éducation prioritaire, où elle va mener 3 années d’expérimentation.

En quelques semaines, certains enfants résorbent des mois (voire des années) de retard d’apprentissage ! Je vous passe l’aspect technique de ces évaluations très encadrées (vous lirez le livre) mais les résultats sont simplement bluffants.

Durant sa conférence, elle revient sur ce projet fou au bilan ultra positif.

Apprendre continuellement

S’il est une certitude, c’est que l’être humain a une prédisposition profonde à apprendre continuellement. Pourquoi ? Les neurosciences nous éclairent.

Dès la grossesse, les circuits neuronaux commencent à s’esquisser dans le cerveau du bébé. Et ils vont se déployer grâce aux éléments sensoriels de l’environnement : plus ce qui l’entoure est stimulant, plus le cerveau se structure et plus il capte tout un tas d’informations.

On connait tous l’histoire du docteur Itard et de l’enfant sauvage qui ne développera jamais le langage. En effet, l’enfant s’exprime et se comporte comme son entourage proche. C’est un être de mimétisme : il capte et reproduit. C’est aussi un être de spécialisation : il va développer les parties de son cerveau qu’il sollicite et mettre en veille celles qui ne sont pas activées.

Les connexions neuronales se renforcent donc quand l’enfant est stimulé. Et l’apprentissage se fait alors sans effort!

Les grands principes

Afin d’accompagner ce qui émerge de manière innée, l’enseignement se doit d’être respectueux du fonctionnement humain et des lois naturelles de l’apprentissage.

Nous en retiendrons 6 :

1 / Créer un environnement de qualité

Si l’humain n’apprend pas, c’est d’abord l’environnement qui l’entrave. Il est donc essentiel d’offrir à l’enfant un environnement :

  • riche en stimulation sensorielle
  • en lien direct avec la nature
  • avec des temps de repos
  • qui encourage la vie en groupe
  • qui fait sens

Mais cela ne suffit pas !

2 / Susciter l’enthousiasme

L’humain n’apprend que lorsqu’il est motivé. Pourquoi ?

Biologiquement, les zones de la mémoire ne s’activent que si le sujet présente un intérêt pour l’individu. On ne retient pas quand cela ne nous intéresse pas. Si l’enfant est motivé par quelque chose (ex : les dinosaures), il retiendra plus facilement des informations compliquées (ex : le nom des dinosaures).

Comment soutenir l’intérêt qui se manifeste ?

Il faut d’abord faire la différence entre :

  • la motivation endogène → celle qui nait de l’individu (ex : la passion de mon fils pour les escargots)
  • la motivation exogène → celle qui vient de l’extérieur (ex : les notes, les récompenses, les sanctions)

La motivation qui ne vient pas de l’intérieur n’active pas assez fortement les zones de la mémoire pour que l’information s’y inscrive de façon durable. De plus, l’enfant est beaucoup plus ambitieux que nous. A 4 ans, il veut compter jusqu’à 1000. Or, en maternelle, on lui demande seulement de compter jusque 30… Il est frustré et sa motivation intérieure est court-circuitée.

Donc, surtout le laisser aller à sa folie des grandeurs et essayer de ne pas interférer.

3 / Faire des erreurs

Il faut se tromper pour apprendre. Pourquoi ?

Le cerveau est plastique et se construit par des entrées sensorielles. Il crée des « jeux d’hypothèses ».

  • Si une situation A ressemble à une situation B déjà vécue, le cerveau projète un résultat B qui est un résultat probable pour lui (ex : si je touche la neige, c’est froid)
  • Si la réalité B diffère de ce que le cerveau projetait, il y a une excitation neuronale : le cerveau sort de sa zone de confort et s’active plus intensément

Donc il faut se tromper : faire des erreurs active les neurones et participe à l’apprentissage.

D’où l’importance de ne pas sanctionner négativement l’erreur (punition) mais plutôt d’expliquer calmement et transformer l’erreur de manière neutre.

4 / Encourager l’autonomie

Les enfants ne sont pas tous motivés en même temps pour les mêmes choses. Il est important de laisser libre cours aux envies de chacun et d’encourager l’autonomie. Cela permet de réveiller des compétences intérieures et de développer des fonctions exécutives.

C’est un point un peu complexe mais qui mérite d’être abordé tant il est essentiel. Allons-y!

Il existe 3 compétences exécutives :

  1. La mémoire de travail → elle sert à retenir les informations et à organiser les étapes pour réaliser un exercice (ex : mettre ses chaussures puis faire les lacets)
  2. Le contrôle inhibiteur → il permet de contrôler ses gestes et ses émotions (ex : l’enfant impulsif n’a pas de contrôle inhibiteur, il s’énerve parce qu’il n’arrive pas à mettre sa chaussure)
  3. La flexibilité cognitive → c’est être capable de percevoir ses erreurs et ajuster sa stratégie pour atteindre son objectif. Elle est mère de la persévérance.

Ces compétences ne se développent que quand l’enfant veut faire seul et qu’il n’a pas peur de se tromper. 

Cette période des compétences exécutives est très forte entre 3 et 5 ans.

A la maison, « c’est moi qui fait » est effectivement notre lot quotidien et on apprend à nous effacer pour laisser Roman à son expérimentation. Même si on est pressé et que l’habiller nous-même serait plus rapide… Pas simple ! Un bon moyen de tester son contrôle inhibiteur ahahaha! 🙂

5 / Éliminer le stress

L’humanité toute entière est probablement en sous potentiel à cause du stress. Pourquoi?

S’il y a du stress, peu importe le facteur (stress des notes, stress à la maison, anxiété organique), le cerveau sécrète du Cortisol. Cette hormone est délétère pour le cerveau humain car elle endommage les circuits neuronaux. Le Cortisol s’attaque principalement aux zones de la mémoire et au cortex pré-frontal. Il inhibe les compétences exécutives et bloque l’apprentissage.

Si l’enfant est stressé, il n’y a pas de connexion avec les autres ou avec l’adulte présent. Ca ne fleurit pas dans son cerveau.

Pour autant, même un environnement serein ne suffit pas à encourager l’apprentissage !

6 / Se connecter à d’autres humains

Nous sommes des êtres sociaux et empathiques. Pour la nature, c’est clair : si nous sommes dans le lien à l’autre, tout foisonne. Si nous ne sommes pas dans le lien, tout se détériore plus vite.

Il n’y a qu’à voir l’effet de la retraite sur certaines personnes qui se déconnectent du monde et vieillissent d’un coup. Ou ces nourrissons en orphelinat qui, malgré les soins, se laissent dépérir faute d’affection… (on ne pleure pas hein!)

La connexion humaine, chaleureuse, bienveillante et empathique va cristalliser tout ce qui a été évoqué plus haut :

  • Au contact de l’autre, le corps va produire de l’Ocytocine : l’hormone de l’attachement (ou de la montée de lait ^^)
  • L’Ocytocine bloque naturellement le Cortisol et ses effets délétères sur le cerveau
  • L’Ocytocine génère de la Sérotonine (ce qui nous rend de bonne humeur) et de la Dopamine (qui nous fait sentir capable et motivé)
  • Le cortex préfrontal est alors activé : les connexions neuronales se font, la mémoire imprime et les compétences exécutives se développent!

Tout cela augmente les capacités d’apprentissage… Vous nous mettrez un peu de tout, merci ! 😀

Ce qu’il faut retenir

Certains principes abordés, comme l’autonomie, vous évoquent certainement des courants pédagogiques existants, dont la méthode Montessori. En effet, dans une ambiance Montessori, l’enfant qui veut peindre va chercher son matériel, sa feuille, s’installe, peint, accroche son oeuvre pour le séchage, range son matériel et nettoie sa table de travail.

Céline Alvarez s’est, entre autres, inspirée de cette pédagogie dans ses expérimentations. Pour autant, il ne s’agit pas ici d’une énième approche qui serait un mix de toutes les autres  : les lois de l’apprentissage appartiennent au fonctionnement humain. Pas seulement à Maria Montessori, Freinet ou Steiner. Ces immenses pédagogues avaient pressenti quelque chose et la science a confirmé. Il faut maintenant construire sur cet héritage.

En fin de compte, Céline Alvarez conclut sa conférence comme ceci : « Le critère le plus déterminant pour la réussite de l’enfant à l’école, ce n’est pas le nombre d’enfants par classe. Ce n’est pas non plus le matériel. C’est la qualité de la relation de l’enfant à l’adulte qui l’accompagne.« 

Evidemment, on ressort de là regonflés à bloc et rassurés dans nos choix (parfois extrêmes) de parents.

 

Et vous, ça vous bouscule ?

2 commentaires sur “Céline Alvarez, ce que nous retenons de sa conférence

  1. Whaoooo ! J’ai adoré ton article ! Mon épouse a lu le bouquin de Céline Alvarez ! On adhère à cette méthode ! Merci beaucoup pour ce compte rendu super bien écrit ! Plein de bonheur en famille avec l’adorable Roman ✨

    Blaise ( blognouveaupapa)

    1. Héhé merci mes nouveaux parents préférés ! C’est important que ces idées essentielles soient diffusées et accessibles au plus grand nombre. Les bouquins sont parfois (pas toujours) indigestes. Donc semons, semons ! Plein de bisous à vous 4 les amis <3

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