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Isabelle Filliozat: et si on élevait des enfants heureux?

« Ah la joie d’avoir un enfant! Avant qu’il naisse, c’est magique. Une fois qu’il est là, c’est… différent » (rires dans la salle).

Avec humour et humilité, Isabelle Filliozat nous invite à nous interroger sur ce qui empêche les familles de cultiver la joie et le bonheur au quotidien.

Retour sur sa conférence de Venelles au Salon Vivre Mieux.

Et si le bonheur s’éteignait à cause des tensions?

Observez un tout petit enfant: il est invariablement joyeux. Il joue tout le temps, saute partout et rit beaucoup! Pourtant, vers 10 ans, l’enfant commence à se contenir, il est moins exubérant. A l’adolescence, c’est la dégringolade, l’enfant de 15 ans est morose, presque déprimé. Une fois adulte, il se doit d’être sérieux et en devenant parent, il disjoncte carrément! 😂

Soyons honnête, devenir parent, c’est cosmique et indescriptible. Mais il y a aussi un quotidien plus ou moins intense à gérer et on a tôt fait de craquer pour un rien.

Mais comment aérer le quotidien en famille? Qu’est-ce qui éteint notre joie naturelle et celle de nos enfants au fil du temps?

Quelques pistes.

1/ Le stress

Le manque de sommeil du jeune parent est un facteur de stress important. Avec un bébé, les nerfs sont mis à rude épreuve et du fait de l’épuisement, le corps n’a plus de ressources. La moindre difficulté prend des proportions irrationnelles. Le coucher, le repas, le bain ont tôt fait de tourner à la bagarre et le stress s’installe.

Mais ce n’est pas la seule source de stress. On évoque moins souvent le cas du parent que le contact même de l’enfant déstabilise…

On sait désormais que, face à un enfant qui pleure ou qui demande un câlin, le cerveau sécrète de l’ocytocine, l’hormone de l’attachement. La zone du cerveau qui dit « je dois prendre soin de » s’allume et on prend l’enfant dans ses bras. C’est la réponse normale.

Mais qu’en est-il de ces adultes que le contact physique ou la proximité d’un enfant met mal à l’aise? Il se passe bien quelque chose mais seul le signal du stress s’allume. L’amygdale s’active et déclenche une sensation proche de la peur.

Et face à la peur, seulement 3 réponses : l’attaque, la fuite ou le repli.

A ce moment de la conférence, je comprends tout. Une image très vive de mon propre papa me vient à l’esprit. Quand je le prends dans mes bras, d’abord il se débat (il grogne un peu ^^) puis il se fige (foutu pour foutu) et ensuite, il se dégage tant bien que mal de l’étreinte. Je le connais par coeur donc je sais que ce câlin lui fait plaisir mais qu’il ne sait pas comment l’accueillir. Cela illustre parfaitement ce qui se passe à l’intérieur de lui à ce moment précis. Il n’est pas capable de gérer cette ocytocine qui se déverse dans son cerveau. Il est sous stress. 

Cela vient de l’histoire personnelle évidemment.

Si on a reçu une éducation bienveillante, de la tendresse et de l’affection, si on a été à l’écoute de nos émotions, on tisse un circuit neuronnal intense capable de gérer le stress. Si par contre, on a été exclu, humilié, pas écouté voire violenté, le système de stress ne se régule pas. L’amygdale s’affole et on ne crée pas de récepteurs à ocytocine. 

Comment on répare un cerveau abîmé?

    • Par le contact : tout humain a besoin de contact physique. Quand on aime pas le contact (« moi je suis pas bisou »), c’est qu’il génère du stress. La sensation en devient désagréable et le contact est vécu comme une agression. Les blessures se réveillent. Pourtant, au contact de l’autre, le cerveau se répare… 20 secondes et c’est déjà un récepteur à ocytocine qui se créée!

 

    • Par l’alimentation: la graisse est utile au cerveau. Ce n’est pas un hasard si les femmes sont plus sujettes à la dépression que les hommes, les régimes en sont aussi la cause. Pour être heureux, il faut manger gras: des OMEGA 3, du lait entier, de l’huile d’olive… Eviter tous les E (conservateurs) et manger des aliments qui existent ! Une tomate, c’est ok. Un nuggets, on ne peut pas dire que cela existe à l’état sauvage… Cette vidéo d’Isabelle Filliozat nous met d’ailleurs en garde sur l’alimentation de nos enfants et son effet sur leur état d’agitation.

 

    • Par la méditation : cela permet de reconstruire le câblage entre la zone pré-frontale du cerveau et la zone émotionnelle. La méditation va en quelque sorte permettre de gérer l’amygdale.

 

    • Par la méthode NeurOptimal : elle permet d’accéder aux formidables capacités autorégulatrices du cerveau. Elle détecte les dysfonctionnements, en informe le cerveau et lui permet de s’autoréparer. En savoir plus sur le site de Vivre-Mieux.com

 

    • Par le mouvement : la sensation de bien-être procurée par une séance de sport est bien connue. Le cerveau libère des endorphines pendant l’activité physique mais active aussi la production de dopamine et de sérotonine, toutes ces substances combinées impactent positivement l’humeur.

 

2/ La culpabilité

On l’a tous ressentie cette culpabilité de reprendre le travail trop tôt après la naissance d’un enfant. Et cette frustration de passer trop peu de temps avec lui, en famille.

Comme dit le dicton: il faudrait un village tout entier pour élever un enfant. Or, les parents sont de plus en plus isolés et éloignés de leur famille, des grand-parents. Les enfants sont confiés très tôt à des étrangers. La pression de la société sur les mamans est encore trop lourde. Il faudrait qu’elles aient un poste à responsabilité, une certaine autonomie financière, soient des épouses et des mères parfaites. Pourtant, on ne peut pas être heureux et épanouis si on ne passe pas de temps avec ses enfants… Sur la durée, ça ne fonctionne pas.

De cette frustration nait une colère immense. Mais cette colère est saine parce qu’elle permet de trouver le courage de changer les choses !

→ Entre travailler et ne pas travailler, il y a une alternative qu’il faut que chacun trouve.

3/ La routine

Le quotidien, c’est chouette. Et c’est utile : mettre en place des rituels permet de se sécuriser, d’économiser des « points de vie » comme on aime le dire. Mais quand le cerveau se met en automatique, il y a peu de joie. La joie nait de la créativité et de la nouveauté.

→ Pour aérer le quotidien, Isabelle Filliozat nous conseille de jouer plus avec nos enfants : laisser trainer un ballon en mousse dans le salon, chantonner quand il s’agit d’aller au bain, utiliser une marionnette pour faire passer des messages. Cela peut sembler loufoque mais pour avoir testé le « On va à l’école heu lalalalala » le matin, bah ça fonctionne!

4/ Les contraintes

La contrainte est très mal vécue par l’enfant mais également par le parent. Rien de pire pour nous que d’être tenus par l’heure! Nous le vivons comme une privation de liberté.

Pourtant, en tant qu’adulte, on parvient tant bien que mal à se plier à la contrainte. Mais l’enfant perçoit tout le langage non-verbal qui se dégage de nous (sourcils froncés, regard sérieux, mâchoire serrée). Cela génère du stress en lui et tout son tonus musculaire disparait. Il n’est plus capable de mettre un pied devant l’autre alors que nous sommes déjà très en retard…

→ La pirouette ici serait de modifier notre comportement non-verbal en souriant à pleines dents par exemple: « Alleeeeez, il faut y aller maintenant » ou en prenant de l’avance pour ne répercuter ce stress sur l’enfant (note pour moi-même… 😜)

5/ Les jeux de pouvoir

Quand l’enfant déborde et dépasse nos limites, cela nous met sous stress. On pense qu’il nous cherche ou nous provoque. Le parent se sent parfois impuissant et s’oppose avec force. Pourtant, l’enfant n’est pas un persécuteur. Et se mettre en opposition ou « attaquer » pour se défendre ne fait qu’envenimer la situation. Il faut à tout prix sortir des rapports de force et des jeux de pouvoirs pour gagner en sérénité.

→ Essayons de trouver des codes pour afficher nos humeurs et nos limites du jour, s’autoriser un temps de décompression pour ensuite régler le problème de façon neutre.

6/ Les transitions

Ah ces grands moments où il faut arrêter une activité pour rentrer à la maison / passer à table / s’habiller. Le matin, il ne veut pas aller à l’école et quand on vient le chercher, il ne veut plus quitter l’école! C’est à n’y rien comprendre. Ici, on appréhende ces moments de transition et on essaie de les préparer bien en avance: « Dans 5 min, on va devoir s’habiller« … Mais comme il n’a aucune notion de temps, 5 ou 500 min c’est pareil 😅

→ Tout comme pour la contrainte, Isabelle Filliozat conseille de garder le sourire en annonçant la transition et de rester enjoué.

7/ Les limites, le cadre

Nous l’avons évoqué dans un précédent article « Communication familiale: 5 alternatives au non« , l’enfant déteste les limites mais il adore les règles! L’humain est construit pour résister aux contraintes et dépasser les limites (pour preuve, l’humain peut vivre en Alaska).

→ Dès lors, plutôt que de « poser un cadre » tel un parent faucon qui survole son nid, fournissons un cadre tel un parent porte-avion, ancré et sécurisant. Pas d’interdits mais des règles. Pas de limites mais un accord mutuel.

Ce que nous retenons

Pour élever des enfants heureux et retrouver notre joie naturelle au quotidien, voici quelques recettes à  tester de toute urgence:

      • Trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale
      • Prendre soin de soi: manger mieux, méditer, bouger
      • Fournir un cadre (de vie) sécurisant
      • Aérer le quotidien par le jeu et l’humour
      • Sortir des rapports de force, l’enfant n’est pas un persécuteur

 

La clé de tout restant néanmoins d’identifier ses blessures d’enfant et de se réconcilier avec sa propre histoire, précise Isabelle Filliozat.

Mais pour ça, on se laisse un peu de temps… C’est en cours de notre côté et on vous en reparle dans un autre article 😉

Qu’allez-vous mettre en place en priorité?

 

 

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